11.07.2008

Tricastin, analyse et actions de la CRIRAD

photo_1215594925098-1-0.jpgDans le cadre de la convention d'objectifs signée avec la Région Rhône-Alpes, la CRIIRAD procèdera cet après-midi à des mesures et prélèvement dans l'environnement du Tricastin.

A. Dépassement considérable des limites maximales autorisées (que ce soit pour 360 ou 75 kg d'uranium) !
Dans son premier communiqué de presse, basé sur 360 kg d'uranium, la CRIIRAD précisait que la fuite avait provoqué le rejet dans l'environnement d'au moins 9 000 Mégabecquerels (MBq), soit un dépassement de plus de 100 fois la limite maximale autorisée sur l'année ( 71,7 MBq) et de plus de 700 fois la limite maximale mensuelle. L'exploitant semble avoir revu ses chiffres à la baisse. Le rejet ne serait plus de 360 kg mais de 75 kg. Sur la base de ces nouvelles données (qui restent à préciser, voir ci-dessous), on peut conclure :

1/ que le rejet a dépassé d'un facteur 27 ( !) la limite maximale annuelle_ fixée par l'arrêté interministériel (article 18) : rejet d'au moins 1 918 MBq pour une limite de 71,7 MBq.

2/ que le rejet, effectué sur quelques heures, a dépassé d'un facteur 161 ( !) la limite maximale mensuelle fixée par l'arrêté : rejet d'au moins 1 918 MBq pour une limite mensuelle de 11,95 MBq. Les commentaires de la CRIIRAD sur le dépassement de la limite d'activité volumique restent inchangés : la limite réglementaire a été pulvérisée : concentration de plus de *300 000 Bq/l* pour une limite maximale de 50 Bq/l. Pour la violation de l'interdiction de rejet dans la Gaffière et l'interdiction de rejet des effluents issus de l'uranium de retraitement voir le communiqué précédent.

B. La CRIIRAD demande des explications sur :

1/ les délais entre la survenue de l'accident et la mise en oeuvre de mesures de protection et d'information de la population et de ses représentants ;

2/ les circonstances de l'accident et la défaillance du dispositif de rétention censé garantir le confinement d'éventuelles fuites ;

3/ la publication de la composition isotopique des effluents, information normalement détenue par SOCATRI et toujours censurée ce matin : l'exploitant, l'ASN, l'IRSN et les préfectures ne mentionnent que des grammes ou des kilogrammes d'uranium … et en plus les chiffres évoluent !
Des explications sur les délais:
Le communiqué des préfets de la Drôme et du Vaucluse annonçait hier que la fuite s'était produite tôt dans la matinée du 8 juillet, vers 6h30. Le délai de plus de 7 heures entre le rejet incontrôlé dans l'environnement et l'information des élus locaux (vers 13h30 pour le maire de Lapalud, après 16h pour les médias) paraissait déjà trop long. Cependant, si l'on en croit le communiqué de l'IRSN, le débordement de la cuve se serait produit la veille au soir, le lundi 7 juillet, vers 23h00. Les formulations de l'IRSN sont relativement sibyllines et ne précisent pas le temps qui s'est écoulé entre le débordement de la cuve et la fuite au niveau du module de rétention, ni si le personnel s'est rendu compte immédiatement des dysfonctionnements (ou s'il ne l'a découvert que tardivement). S'il n'y a pas eu de délai, que la fuite s'est produite vers 23h et que les responsables locaux n'ont été informés qu'après un délai de 14h et les médias de 17h, le retard est alors considérable. Pour que les mesures de prévention soient efficaces, elles doivent être prises dans les délais les plus brefs. Qui a été informé ? Quand ? Pourquoi de tels retards ?

Des explications sur la défaillance du système censé pallier les fuites. La CRIIRAD réclame toute la transparence sur le déroulement de l'accident. Comment expliquer: le débordement de la cuve, puis la faillite du système de rétention précisément destiné à pallier un éventuel défaut d'étanchéité. L'article 22 de l'arrêté d'autorisation de rejet et prélèvement d'eau précise que « chaque réservoir est muni d'un cuvelage de rétention ou d'un dispositif apportant les mêmes garanties, dont la capacité est fixée à 100% du volume du réservoir le plus grand ou 50% du volume total des réservoirs. L'étanchéité de ces rétentions est contrôlée annuellement ».

Le communiqué de l'ASN indique que des réparations étaient en cours au niveau de la rétention. Ce n'est pas une excuse, au contraire : le dispositif de rétention étant indisponible, soit la cuve ne devait plus être utilisée, soit un système alternatif devait être mis en place. Dans tous les cas, une vigilance particulière devait être apportée à l'installation.

La caractérisation précise des effluents radioactifs rejetés dans l'environnement. Ni la SOCATRI, ni l'Autorité de Sûreté nucléaire, ni l'IRSN, ni les Préfectures n'ont publié la moindre information sur la composition isotopique des effluents uranifères : les isotopes de l'uranium étaient-ils les seuls produits radioactifs présents ? Quelle était la teneur en uranium 235, sachant que la SOCATRI peut traiter de l'uranium enrichi jusqu'à 5% ? S'agissait-il d'effluents issus d'uranium de retraitement, avec présence d'isotopes artificiels de l'uranium (uranium 232 et 236) ?

Ces informations sont nécessaires à l'appréciation du risque et à l'évaluation des infractions aux dispositions de l'arrêté d'autorisation qui régit l'installation. Que l'on ne nous objecte pas que ces informations ne sont pas disponibles : la SOCATRI disposait nécessairement des données de caractérisation radiologique des effluents contenus dans la cuve. Si ce n'est pas le cas, il faut que cela soit clairement établi car un palier de plus serait franchi dans les défauts de maîtrise des activités et matières à risque.
La CRIIRAD demande également des précisions sur la teneur des effluents en polluants chimiques et souhaite savoir si des émanations gazeuses ont été associées au rejet liquide.

C. La CRIIRAD va saisir la justice

1. Dysfonctionnements graves et impunité
La répétition des fuites au niveau des canalisations de rejet (avril et août 2007), des cuves de rétention (octobre 2007) et de la station de traitement de rejet (novembre 2007) traduisent un important manque de maîtrise (tout comme l'oubli en janvier dernier, d'effluents radioactifs dans une cuve de transfert impliquant des failles dans la prévention des risques de criticité). Par ailleurs, les vérifications conduites par la CRIIRAD montrent des violations répétées et très importantes des limites de rejets de produits radioactifs dans l'atmosphère !
Ces limites sont prescrites par l'arrêté du 16 août 2005 (article 10). En 2006, la limite maximale a été dépassée d'un facteur 6 ( !) pour les rejets de tritium (hydrogène radioactif) et d'un facteur 30 ( !) pour les rejets de carbone 14. En 2007, les rejets de tritium de la SOCATRI ont dépassé la limite d'un facteur 5 et les rejets de carbone 14 d'un facteur 42 ( !)
Ces infractions à l'article 10 de l'arrêté du 16 août 2005 arrêté pris sous l'autorité des ministres de l'Industrie, de la santé et de l'Environnement n'ont donné lieu à aucune sanction et l'exploitant, plutôt que de travailler sur la réduction de ses rejets et sa mise en conformité, a déposé une demande pour obtenir le relèvement des limites ! La demande est en cours d'instruction et elle a de bonnes chances d'aboutir !

2. Faire condamner AREVA NC Pierrelatte et la SOCATRI
Compte tenu du nombre et de la gravité des dysfonctionnements constatés par la CRIIRAD, compte tenu de la passivité, pour ne pas dire plus, des autorités de contrôle, le bureau de la CRIIRAD a décidé ce jour le dépôt d'une plainte en justice contre deux exploitants du Tricastin, tous deux filiales du groupe AREVA :
1/ AREVA NC (Cogéma) pour l'enfouissement de plus de 700 tonnes de déchets radioactifs dans le sol
2/ SOCATRI pour ses rejets radioactifs dans l'environnement

Le président de la CRIIRAD va contacter ce jour Me Thierry Billet, avocat de l'association, afin de déterminer la procédure à suivre.

Commentaires

Merci pour vos informations. Je suis atteinte d'une pathologie très sensible aux rejets nucléaire et en général à toute pollution. Depuis hier matin, je suis au lit, je n'arrive plus à bouger et surtout à respirer correctement. Aucun médecin n'a bougé et un m'a affirmé qu'il n'y avait qu'un léger incident. Mon corps n'aurait pas aussi mal réagi. Je pense que le degré de pollution a atteint un certain niveau car je réside à Marsanne. Que puis-je faire ? Attendre que mon état s'empire ? Je vous remercie infiniment pour la communication des prochaines informations que vous nous donnerez sur les conséquences "collatérales" de cet "incident".
Respectueusement
Véronique

Ecrit par : Folligan Véronique | 25.07.2008

Véronique:notre blog s'est donné pour objectif de relayer la vie de notre parti Les Verts .Nous pensons qu'il est aussi important d'y transmettre les informations disponibles sur des sujets tel que les OGM et le nucléaire...
J'espère que votre état de santé s'est amélioré et vous conseille d'adresser au réseau Sortir Du Nucléaire un état descriptif de votre situation.
Bernard Prigent

Ecrit par : Bernard Prigent | 17.08.2008

Avez-vous des relevés sur le centre de retraitement de LA HAGUE qui a, en un temps évacué dans la Manche.
Nous consommons en voisins des poissons et crustaçés de la Baie du Mont ST Michel et des parages de Jersey et Guernesez.
J'habite ST Malo.
ps: je souheteraiS acquérir un appareil de détection de la radioactivité, comment faire?
merci.

Ecrit par : lecompte | 14.10.2009

La CRIIRAD doit pouvoir répondre à vos questions voici leur coordonnées
mailto:contact@criirad.org.
Bernard

Ecrit par : Bernard Prigent | 18.10.2009

Je vous donne des précisions Bernard
La CRIIRAD commercialisait jusqu’au printemps 2005 le radiamètre QUARTEX RD 8901. Cet appareil est remplacé, depuis l’automne 2005, par le RADEX RD 1503. De technologie identique, le RADEX présente des fonctionnalités plus étendues que le QUARTEX (choix de l’unité de mesure, réglage de l’intensité sonore, rétro-éclairage de l’écran,…).



DESCRIPTIF TECHNIQUE (voir tableau)
Cet appareil léger et compact est équipé d’un tube Geiger Müller sensible aux rayonnements bêta et gamma. Il est garanti 2 ans et a été testé au laboratoire de la CRIIRAD.



INTÉRET ET LIMITE D'UTILISATION
Cet appareil vous permettra :
- D’estimer l’exposition externe due aux rayonnements gamma en un lieu donné ;
- De contrôler de petits objets de la vie courante susceptibles d’être radioactifs (montres, faïence…);
- De détecter la présence de sources radioactives ou de niveaux de contamination importants dans l’environnement.
Ce compteur Geiger, comme tous les radiamètres classiques, ne permet cependant pas de répondre à tous les problèmes de radiodétection et de radioprotection. Les émissions de type alpha ne sont pas détectées (ex : le radon). De faibles niveaux d’irradiation ne pourront pas être mis en évidence.
Cet appareil est destiné à l’usage des particuliers en tant qu’outil de prédétection et ne saurait être recommandé pour des usages professionnels.

ELEMENTS FOURNIS
AVEC LE RADEX
L’achat d’un Radex comprend :
- une note présentant les résultats des tests effectués par la CRIIRAD ainsi que le mode d’emploi des principales fonctions du RADEX ;
- le manuel d’utilisation du QUARTEX. Ce document de 32 pages présente les avantages et limites du détecteur. Chaque application est illustrée par un exemple concret expérimenté par les techniciens de la CRIIRAD. Ce manuel sera mis à jour prochainement pour tenir compte des différences entre le Quartex et le Radex ;
- un DVD didacticiel. Ce DVD a été établi pour l’utilisation du QUARTEX, mais la majorité de son contenu présente des informations utiles quel que soit le compteur Geiger utilisé.






Contrôle d'une montre au moyen du Radex

Note : ce DVD est toujours disponible séparément au tarif de 17 euros TTC (frais de port inclus).
Plus d'information sur le DVD - Bon de commande

ASSISTANCE CRIIRAD
1- Avant l'achat : si vous souhaitez acquérir un radiamètre avec un objectif d'utilisation bien précis, n'hésitez pas à nous contacter avant de passer commande afin que nous puissions vous conseiller ;

2- Après l'achat : nous resterons également à votre disposition pour vous apporter un complément d'information en cas de détection de situations radiologiques anormales.

Ecrit par : Bernard Prigent | 18.10.2009

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