10.10.2009
industrie de la viande
Un livre a été publié le 30 septembre dernier par un journaliste parisien, Fabrice Nicolino, "La bidoche, l'industrie de la viande menace le monde". Un blog a été ouvert le 29 septembre ICI .
Une interview de l'auteur par Novethic:
Comment l'industrie de la viande menace le monde (Novéthic)
Fabrice Nicolino, auteur de deux ouvrages sur les biocarburants et les pesticides, revient avec une enquête inédite sur l'industrie de la viande. Son nouveau livre, « Bidoche », dresse un état des lieux des dérives écologiques et sociales de cette industrie planétaire.
De plus en plus de pays consomment de la viande. Comment ces nouvelles pratiques alimentaires modifient-elles le paysage agricole ?
Fabrice Nicolino : Manger de la viande est effectivement un acte social majeur, signe de richesse. On en voit l’illustration parfaite en Chine : depuis quinze ans environ, près de 200 millions de Chinois ont vu leur pouvoir d’achat augmenter, et du coup, leur consommation de viande a explosé.
Cette demande croissante est d’ailleurs un mouvement qui sévit à l’échelle planétaire. On évoque la Chine, mais c’est tout aussi vrai en Inde, au Brésil, en Russie, etc. Or, il se trouve que le « rendement énergétique » d’un animal, est très mauvais : pour produire un kilo de viande, il faut entre 7 et 10 kg de végétaux. Du coup, le besoin de terres agricoles ne cesse de croître, au point qu’aujourd’hui, 60% de la surface agricole mondiale est entièrement dédiée à l’élevage. Et c’est d’autant plus vrai en Europe, où ce nombre atteint les 70%.
Les terres vont donc manquer ?
De nombreux agronomes s’inquiètent de voir que les terres agricoles sont de plus en plus difficiles à trouver. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : ces 50 dernières années, la population mondiale a plus que doublé. Et la surface des terres dédiées à l’agriculture a augmenté d’à peine 10%. Ces terres fertiles sont donc de plus en plus rares. D’ailleurs, l’achat massif de terres des pays du Sud par, entre autres, l’Arabie Saoudite et la Chine est un signal qui ne trompe pas. Et n’oublions pas que nous serons 9 milliards en 2050.
Alors, que va-t-il se passer ?
Il faudra à tout prix cesser d’utiliser nos terres pour nourrir un bétail destiné à être mangé par certains, pour les cultiver dans le but de nourrir directement tous les êtres humains. Nous avons encore le temps d’assurer cette transition, mais plus pour très longtemps. Sans quoi, elle s’imposera à nous, non sans dégâts écologiques et sociaux.
Impacts écologiques
En 40 ans, la consommation mondiale de viande est passée d'une moyenne annuelle de 24 kg par personne en 1964 à environ 40 kg aujourd'hui. Avec une grande disparité entre pays industrialisés (de 62 à 88 kg),et pays en développement (10 à 28 kg). Le Réseau Action Climat estime qu'en tenant compte de l'élevage et du transport jusqu'au lieu de vente, la production d'1kg de veau rejette une quantité de GES équivalente à celle d'un trajet de 220 Km en voiture. La FAO a évalué à 18 % la contribution de l'élevage aux émissions totales de GES émises par l'activité humaine.
Ces dégâts sont déjà d’actualité. Comment les pays d’Amérique Latine gèrent-ils le problème de la déforestation causée par la culture du soja?
Le sujet est explosif en Amérique Latine, et notamment au Brésil. L’élevage y est très important, et nécessite donc des surfaces de pâturage géantes. Or, l’expansion fulgurante des cultures de soja transgéniques, destinées à nourrir le bétail, réquisitionne toujours plus de terres agricoles, et fait pression sur les pâturages. Du coup, non seulement les éleveurs brésiliens délaissent les cultures vivrières, mais en plus , ils gagnent sans cesse du terrain sur la forêt amazonienne et les cerrados. C’est ce qu’on appelle l’avancée du « front agricole ». Le gouvernement de Lula est d’ailleurs très embarrassé : la forêt tropicale ne s’est jamais aussi mal portée que depuis qu’il est au pouvoir…
La structure du secteur laisse-t-elle une place à une agriculture plus respectueuse ?
En France, il existe une poignée de grosses structures, comme In Vivo ou Doux. Leur activité va du commerce des pesticides à la mise sur le marché des produits finaux. Ces entreprises sont dans une logique purement industrielle, ce qui donne des situations parfois cocasses. Par exemple, Doux a acheté des sites de production de poulets au Brésil, au début des années 2000. Et vend aujourd’hui ces poulets brésiliens en France moins chers que les poulets Doux de Bretagne… ! Le reste du secteur est composé d’une multitude de petites entreprises très concentrées géographiquement. Par exemple, près de 60% de la production porcine française se trouvent en Bretagne, c’est-à-dire, sur à peine 5% du territoire hexagonal. Ces productions très concentrées peuvent avoir des impacts environnementaux désastreux, comme la prolifération des algues vertes…
Ce schéma est-il franco-français ?
Non, il est sensiblement le même à l’étranger. En fait, toutes les industries mondiales de la viande se sont alignées sur le modèle américain apparu au début de XXème siècle. Un modèle de concentration et d’industrialisation massive de la production qui nous mène droit dans le mur.
Bidoche, le 7 octobre.
Editions LLL, 400 pages, 21 euros.
Propos recueillis par Anne Farthouat
Mis en ligne le : 05/10/2009
© 2009 Novethic - Tous droits réservés
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23.12.2008
Impression de lecture
Aux fils des eaux
J'avais beaucoup aimé la lecture de "Voyage aux pays du coton" et c'est avec plaisir que j'ai reçu le second opus du Petit précis de mondialisation d'Erik Orsenna consacré, cette fois, à l'eau. L'eau, ce bien si proche, si abondant parfois et tellement convoité, souvent maltraité, toujours au centre de toutes les préoccupations.
"L'avenir de l'eau" est un écrit tout sauf sec et aride: Orsenna sait rendre lisible les exposés les plus indigestes et les plus complexes, rendre fluide l'approche d'une documentation pointue, parfois absconse.
Comme Orsenna, je suis bretonne donc très sensible à l'univers de la mer, cette masse liquide mouvante, changeante, dansante, attirante, enivrante et fascinante. Comme Orsenna, je suis à l'écoute de cet élément, dont nous sommes en très grande partie composés, d'où nous sommes issus, dans lequel nous avons baigné pendant les neuf mois de notre vie intra-utérine, et du fait de mon appartenance à un parti à la couleur verte et des dossiers que je suis dans le cadre de mes fonctions d'élue, la lecture de cet essai ne pouvait que m'intéresser.
L'eau fait partie du paysage breton tout au long des saisons: en crachin qui dure, qui dure, en pluies d'orage, en pluie fine ou en averses ensoleillées. Elle coule au fond de mon jardin, tranquille ou presque tumultueuse selon l'intensité des précipitations, parfois elle transpire de la terre engorgée par la déferlante des nuages gris ou déborde des canalisation pour envahir tout ce qui fait barrage à son élan.
Il est difficile de donner une vue d'ensemble du livre: son foisonnement et sa documentation sont tels que l'on a envie de souligner et de citer de multiples passages.
Erik Orsenna procède de la même façon que son précédent opus consacré au coton (plante par ailleurs grande consommatrice d'eau!!!): il s'est rendu dans différentes régions de globe afin de cerner au mieux les particularismes comme les généralités concernant l'eau. Le tout émaillé de références littéraires: la scène sur le Jourdain est d'une grande intensité.
L'eau est la vie mais aussi la mort: lorsqu'elle charrie trop d'ordures, d'immondices, lorsqu'elle n'est pas assainie avant de desservir les foyers, elle apporte maladies et souffrances; lorsqu'elle devient irrationnelle après une mousson diluvienne ou des fontes de neige énormes, se tranformant alors en rouleau compresseur que rien n'arrête, elle entraîne désolation et scènes de chaos et lorsqu'elle subit de terribles secousses sous-marines, elle devient mur liquide dévastateur! L'eau contient la joie et la malheur dans la moindre de ses gouttes, l'eau terriblement présente ou épouvantablement absente, l'eau, molécules sans lesquelles la vie n'existerait pas. Ce bien, ô combien précieux, ô combien peu respecté parfois et ô combien exploité à outrance, risque de se faire rare, paradoxe pour une planète que l'on appelle aussi la Planète bleue: l'eau douce est en passe de devenir un trésor que l'on défendra bec et ongles...elle cède peu à peu la place à l'eau salée, cette eau qui enfle au fil de la régression de la banquise, cette eau qui monte, monte, lentement mais sûrement, au point que certaines parties du globe n'existeront plus, au point que des hommes deviendront des naufragés climatiques.
Entre l'avancée des déserts et la montée des eaux marines, la recherche mobilise et fait bouillonner nos chercheurs: la déssalinisation peut être une réponse au manque d'eau endémique de certaines régions du globe, coup de frein au développement économique, l'édification d'un mur une étrange réponse indienne au désarroi des hommes du Bengladesh. Seulement, la première provoque des dérèglements au sein des mers (les rejets asphixient et polluent mers et océans, étouffant faune et flore) tandis que le second fait frissonner d'horreur et swinguer le Brahmapoutre, fleuve qui attise convoitises et déverse ses tonnes d'eau sur un pays sombrant peu à peu sous la masse liquide et réduit à l'état d'îles éphémères.
L'eau, ce bien tellement commun et accessible pour nous, est une denrée péniblement lointaine pour un trop grand nombre d'êtres humains: pourquoi existe-t-il tant de disparités et d'inégalités? Pourquoi est-ce si difficile de mettre en place un réseau d'assainissement ou de distribution pour certains pays? Pourquoi tant d'énergies, souvent féminines, perdues dans la recherche et le transport de cet élément vital à la vie mais aussi à la dignité humaine? Comment peut-on laisser, lorsque l'on est dirigeant, ses concitoyens dans une telle incurie? L'eau serait-elle, malgré elle, un moyen de domination sur l'autre? Autant de questions que de situations ubuesques, surréalistes et dramatiques, autant d'interrogations que de main mise sur un bien qui devrait être commun, libre d'accès et pourquoi pas gratuit!
Un bien commun, n'appartenant à personne en particulier et donc appartenant à tous, peut-il être autrement que gratuit? On aimerait bien que ce bien commun soit gratuit, or la facture d'eau semestrielle est loin de l'être! En France, la quasi totalité des collectivités territoriales a délégué ses compétences de gestion à quelques grandes entreprises privées qui se chargent de l'assainissement, du traitement des eaux. Ces derniers ont un coût certain et le développement économique sans prise de conscience environnementale provoque l'augmentation des divers traitements que subit l'eau avant de sortir de nos robinets. Le cycle est titanesque tant sur le plan des produits traitants que sur les infrastructures et on ne peut s'empêcher de tiquer un peu devant le coût lorsque l'on sait que les plus grands consommateurs et "pollueurs" d'eau sont les industriels (chez moi, ce sont les entreprises agro-alimentaires, pourvoyeuses certes d'emplois - mais peu qualifiés et donc rémunérés chichement -) et une certaine agriculture! Depuis quelques années, des collectivités territoriales trouvent des alternatives au prix de l'eau: le retour en régie municipale et/ou communautaire en est une et non des moindres: en effet, passer en régie permet d'économiser 20% à 30% sur la facture car la régie n'a pas d'actionnaires à rémunérer! Avec ces 20% à 30% en plus, une collectivité peut un peu plus respirer et entreprendre des travaux pour l'amélioration de ses réseaux! Donc, si la gratuité de l'eau n'est pas possible, en revanche il n'est pas impossible, loin de là, de permettre une baisse non négligeable de la facture! En tout état de cause, ce type de décision est uniquement politique comme le souligne avec justesse Erik Orsenna.
"L'avenir de l'eau" est un essai dont on sort remué, saisi, émerveillé par les prodiges d'inventivité, de créativité, par les hardiesses et les paris des hommes. C'est un essai qui aborde simplement mais avec rigueur les différents points de vue sur l'eau, son devenir, sa nature et ses utilisations: Erik Orsenna sait également mettre le doigt sur le hiatus, le point de divergence et mettre en lumière la beauté intrinsèque de cet élément basique et essentiel. Après cette lecture, on ne regarde plus le moindre ruisseau ni les plus grands fleuves ou océans de la même manière: nous avons les yeux de Chimène pour ces serpents liquides et ces masses salées qui nous dévoilent leurs forces et leurs faiblesses sous la plume efficace d'Orsenna.
"L'avenir de l'eau" est une ode aux eaux de notre terre mais aussi une ode à la terre, cette terre que l'homme ne peut hélas pas s'empêcher de martyriser: l'eau mal maîtrisée, l'eau détournée, enfermée dans des conduites souterraines, érode les sols, les malmène, les appauvrit et précarise la production agricole, celle qui nourrit les hommes! Orsenna a confiance en l'intelligence des hommes de pouvoir qui ne pourront pas laisser la planète aller droit dans le mur sans réagir....je souhaite de tout coeur que la vie l'emportera sur l'avidité et l'envie d'avoir toujours plus! Au final, l'eau et la terre auront le dernier mot, de cela j'en suis certaine....à nous de faire en sorte que ce dernier mot ne soit pas dévasteur!
Chatperlipopette
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05.08.2008
Que la nature est belle
L'été approche, une effervescence fait bruisser la forêt et la montagne en une douce explosion d'arômes, de camaïeux verts, d'éclosions plantureuses. L'été qui approche à grands pas ne sera pas comme les autres pour les trois personnages principaux de ce roman verdoyant, rempli des beautés de la nature encore laissée tranquille par les hommes.Deanna Wolfe est garde pêche et garde forestier et vit en solitaire dans la montagne depuis près de deux ans. Elle a une passion: les prédateurs et notamment celui qui a été inlassablement chassé par l'homme et qui inlassablement s'adapte et revient plus superbe que jamais...le coyote! Cette partie du Kentucky semble être devenu le territoire d'une meute discrète, augurant d'une belle harmonie pour la faune et la flore de son coin de paradis. Deanna garde cette découverte pour elle afin de ne pas attirer les foudres peureuses et inadaptées des fermiers du coin.
Las, son fragile équilibre va être mis à mal avec l'apparition d'un jeune homme, Eddie Bondo, fils d'éléveur de moutons et ennemi inconditionnel du coyote! Partagée entre sa folle attirance envers cet homme et sa passion protectrice pour le coyote, Deanna ne se reconnaît plus. Chaque minute passée avec l'homme qui deviendra son amant, est une tentative pour lui faire comprendre combien la haine du coyote est sans fondement et dangereuse pour l'équilibre environnementale.
"La vie d'un carnivore, c'est la plus précieuse de la pyramide, ça, c'est une chose. Dans le cas d'un coyote, ou d'un grand félin, la mère passe une année entière à élever ses petits. Pas simplement quelques semaines. Elle doit leur apprendre à pister et à chasser, ainsi que tout ce qui se rapporte à cette activité. Elle aura même de la chance si un seul de ses jeunes passe au travers. S'il se fait pincer, toute l'année de boulot de la mère n'aura servi à rien.(...) Si tu lui tires dessus, Eddie, voilà ce que tu mets par terre. Une grande part des chances de sa mère de pouvoir se perpétuer au cours de sa vie. Et tu lâches à travers le monde le millier de rongeurs supplémentaires qu'il aurait pu manger. ça ne se résume pas simplement à une seule vie." (p 363 et 364)
"Tu vises, dit-elle. C'est comme ça que tu dis? Vous n'êtes plus que tous les deux, seuls au monde?
-Oui, j'imagine." Il haussa les épaules.
"Mais c'est faux. Ce tête-à-tête n'existe pas. Cette bête s'apprêtait à faire quelque chose d'important à ce moment-là - à manger un tas de choses, ou à se faire manger. Cette foule de choses liées les unes aux autres au milieu desquelles tu vas créer un vide. Elles ne peuvent pas toutes être tes ennemies, car tu es toi-même l'une d'elles." (p 364)
"Partout on organise des chasses. ce n'est un secret pour personne puisqu'on en fait la publicité dans les catalogues d'armes à feu. Il y en a une en ce moment même, en Arizona, la Chasse de tous les dangers, avec un prix de dix mille dollars à la clef pour celui qui tuera le plus. (...) C'est un massacre de prédateurs, point final. On se contente d'empiler les cadavres. Des lynx, des coyotes, des couguars, des renards - tout ce qui répond à leur définition du prédateur.
- Pas les renards.
- Si, justement, les renards. Certains de tes collègues sont même terrifiés par le petit renard gris. Un animal qui ne vit que de souris et de sauterelles.
- ça n'a rien à voir avec la peur, dit-il.
- Tu imagines les ravages que vont faire ces types en Arizona, en l'espace d'un seul week-end, et toutes ces souris et ces sauterelles qui vont pulluler à cause d'eux? Si toutes ces années de travail maternel pour rien ne te donnent pas mauvaise conscience, pense au moins à ces saletés de rats." (p 365) Lors des pérégrinations de Deanna et Eddie au coeur du domaine fédéral, on découvre des paysages grandioses, l'utilité de la moindre petite bestiole dans le grand cycle de dame Nature. On a l'impression de se retrouver dans un Paradis perdu pour ceux qui ne savent pas ouvrir leurs yeux, leurs bras, leurs mains, leur nez mais aussi leur coeur: l'Amérique mâle, le fusil en bandoulière en prend pour son grade de même que les lâchetés du pouvoir fédéral (on offre des primes d'abattage de prédateur, c'est à dire ours et surtout coyote tout en créant des réserves naturelles pour se donner bonne conscience.).
Lusa a épousé Cole, un fermier, et a quitté son labo de recherche pour le suivre au milieu de nulle part. C'est qu'elle avait rêvé de devenir fermière, au coeur de la nature, entourée d'arbres et de papillons, et pourtant elle ce demande en ce jour de mai, où les senteurs de chèvrefeuille embaument l'air, comment elle a pu en arriver là: elle lit en cachette, elle est rejetée par ses belles-soeurs et surtout doit partager l'espace de la maison familiale avec le fantôme de sa belle-mère! Lusa ne supporte plus ses querelles conjugales et pense sérieusement à quitter Cole. Le destin en décidera autrement: Cole meurt brutalement dans un accident de voiture, la laissant seule, désemparée de chagrin et de solitude, avec une ferme endettée et un avenir plus que sombre. Les relations familiales évoluent: doutes, silences pesants, regards fuyants jusqu'au jour où Lusa apprend d'un part qu'une de ses belles-soeurs, Lois, se meurt du cancer et qu'elle décide de se charger des deux enfants et d'autre part que la famille craint de voir la maison familiale, pleine de souvenirs et de doux fantômes, ne plus jamais leur appartenir (si Lusa se remarie un jour). Les arômes de confiture de cerises, de conserves de tomates, de courgettes et autres légumes foisonnant de son jardin, adoucissent les chagrins des uns et des autres. Cependant, comment faire pour survivre sans se lancer dans la culture cynique du tabac? Lusa, arabe par sa mère et juive par son père, se souvient de l'importance des fêtes religieuses et regardant le calendrier s'aperçoit que les fêtes musulmane et juive se dérouleront en même temps! Une idée, saugrenue et folle, germe dans son esprit: un de ses cousins vend de la viande de chèvre à New-York et est partant pour s'associer avec elle. Lusa parcourt le comté pour récupérer les chèvres dont les fermiers veulent se débarasser: le troupeau grandit, le bouc fait son office et les bêtes défrichent et entretiennent les champs! Lusa réussira-t-elle son pari? Dès le départ, le lecteur sent que la réponse ne peut être que positive sans que cette perpective soit gênante pour le déroulement du récit. Certes, on peut arguer le fait qu'un happy end semble un peu trop naïf et facile mais l'argument littéraire n'est pas, à mon sens, à ce niveau. Le coeur de la narration est la nature, ses beautés et ses interactions essentielles pour l'équilibre de tous. L'histoire de Lisa est celle d'une femme qui souhaite vivre de sa terre sans préjudice à la nature qui l'entoure: les papillons sont utiles, les herbes folles aussi tout comme les insectes butineurs et les animaux à poils ou a plumes et l'activité humaine doit s'harmoniser avec cela plutôt que de les combattre aveuglement.
Garnett, un vieux monsieur solitaire et veuf, et Nannie Rawley passent leur temps à se chamailler: ils sont voisins depuis toujours mais ont des vues différentes sur l'usage des pasticides et autres joujous chimiques. Le premier, issu d'une famille autrefois argentée, ne jure que par le Roundop et autres poudres de perlimpinpin nocives au point d'avoir remplacé sa belle toiture de tuiles anciennes pour une couverture d'amiante (ah les belles années 70!!!), la seconde est une écologiste convaincue qui s'est lancée dans la production bio. Le duel est caricatural à souhait (mais il faut bien cela pour marquer les esprits): le potager de Garnett n'est qu'un fiasco tandis que celui de Nannie regorge de légumes splendides, luisants et charnus à souhait....comme ceux que vendent les Amishs au marché (mais Garnett accepte leur vision du monde puisque c'est une vision religieuse!). "Aujourd'hui Garnett se proposait de se rendre directement là-haut et de frapper à sa porte grillagée, mais, en remontant l'allée, il avait remarqué que ses échelles et son matériel de cueillette étaient dispersés en vrac dans la partie ouest du verger. Il traversa juste en contrebas de son grand jardin potager, qui paraissait bien entretenu aussi, il fallait l'admettre. Comme par magie, elle obtenait brocolis et aubergines sans employer de pesticides. Garnett avait lui-même renoncer à planter du brocoli - réduit à du fourrage pour chenilles arpenteuses -, quant à ses aubergines, elles grouillaient tellement de puces terrestres qu'on les aurait dit grêlées d'une volée de chevrotines. Il inspecta son maïs, dont le plumet venait bien, avec deux semaines d'avance sur le sien. Avait-elle tout de même des vers dans son maïs? Il s'interdit de l'espérer." (p 310)
En effet, Garnett est le prototype même de l'Américain rural moyen: Dieu et la Bible sont à la base de tout mode de vie. B.Kingsolver, en filigrane, égratine doucement mais sérieusement, la pensée créationiste qui ne développe qu'une seule chose: l'obscurantisme et l'intolérance. La bataille de Garnett est de faire renaître le chataîgner d'Amérique laminé par une maladie: lorsque les arbres ont commencé à être atteints et que le mal s'est avéré ne pas pouvoir être endiguer, les Garnett du comté se sont précipiter pour les abattre sans réfléchir au fait, scientifique, qu'il y a toujours des survivants aux épidémies! Le pauvre Garnett essaie sans relâche les croisements qu'il replante et entoure de tous ses soins chimiques...jusqu'au jour où il apprend que des spécimens ont survécu sur les terres de Nannie! Bien entendu, ce couple de voisins qui se détestent tellement qu'on ne peut s'empêcher de penser qu'ils s'apprécient au fond d'eux-mêmes, sans se l'avouer. D'ailleurs, au fil des disputes, Garnett se rend bien compte que sa défunte épouse a du développer son cancer en respirant la poussière des pesticides, il se rappelle des précisions écrites en tout petits caractères qu'il n'a jamais osé lire pour ne pas avoir à regretter l'utilisation de ses sacs de mort lente!
Les personnages principaux, au cours du récit, que l'on pourrait croire indépendants des uns des autres, vont subtilement se rapprocher: les menus faits de leur vie se croisent et convergent les uns vers les autres: de surprise en surprise, les liens se tissent et se nouent en une très belle histoire où l'espoir en la vie est plus fort que tout!
"Un été prodigue" est un roman foisonnant, emmenant le lecteur par monts et par vaux au cours de longues et belles descriptions de la région des Appalaches. B.Kingsolver embarque son lecteur dans son histoire, au rythme des courses de Deanna dans le domaine fédéral, des rêveries et des papillons de Lusa, des chamailleries de Garnett et Nannie, et le fait se passionner, à son grand étonnement, pour le sort des coyotes, des papillons de nuit, de la dure loi de la chaîne alimentaire et des alternatives agricoles! L'auteure sait jouer à merveille de la suggestion d'images provoquées par ses mots, ses phrases et leur rythme. "Un été prodigue" est un cri d'amour pour l'harmonie entre la Nature et l'Homme, pour la tolérance et le respect des espèces (dont fait partie l'Homme) mais aussi un beau roman écologique.
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28.07.2008
Idée de lecture en passant
Ouvrage qui consacre un chapitre sur les trvailleurs dans lafilière nucléaire et en particulier les intérimaires
Annie Thébaud-Mony TRAVAILLER PEUT NUIRE GRAVEMENT A VOTRE SANTE.
Sous-traitance des risques, mise en danger d'autrui, atteintes à la dignité, violences physiques et morales, cancers professionnels, Paris, la Découverte, 2007
Une mise en bouche:
Dans toutes les régions du monde, au nom de la compétitivité, le travail tue, blesse et rend malades des milliers d'hommes et de femmes qui n'ont d'autre choix pour gagner leur vie que cet emploi dont ils savent qu'il peut gravement nuire à leur santé. Aujourd'hui, en France, selon les chiffres officiels de l'assurance-maladie et du Ministère du travail, le travail tue, blesse et rend malade, à raison de deux morts par jour dus à des accidents de travail, de huit morts par jour dus à l'amiante, de deux millions et demie de salariés exposés chaque jour dans leur travail à des cocktails de cancérogènes, de millions d'hommes et de femmes constamment poussés aux limites de ce qu'un être humain peut supporter, moralement et physiquement. Sur la plage d'Alang, en Inde, aujourd'hui, peut-être deux, peut-être dix, peut-être soixante travailleurs périront dans l'activité de démantèlement des navires échoués sur la plage, pour le plus grand profit des armateurs battant pavillon de complaisance et des grands marchands mondiaux de l'acier. Est-ce le travail qui tue ou ceux qui, autour des tables ovales des conseils d'administration, décident de son organisation? Quand EADS ferme huit usines en Europe, où ses dirigeants vont-ils trouver les moyens de nouveaux « gains de productivité » sinon dans la possibilité de sous-traiter le travail - pour en diminuer le coût - en exploitant les travailleurs chinois, indiens, brésiliens ou bulgares, avec la complicité des autorités locales, au nom des "droits" des actionnaires et dirigeants d'entreprise à disposer librement d'une main-d'oeuvre corvéable à merci pour l'appropriation privée des ressources de la planète. Chaque récit de ce livre témoigne du fait que travailler est aujourd'hui synonyme de mise en danger délibérée d'autrui, atteintes à la dignité, non-assistance à personne en danger, expérimentation humaine, violences physiques et morales, répression syndicale, en toute impunité pour les employeurs et donneurs d'ordres, responsables de la mort, du suicide ou de blessures dites « involontaires » de milliers de travailleurs. Un tribunal pénal international a été créé pour juger les crimes contre l'humanité. À quand la création d'un tribunal pénal international du travail, devant lequel seraient traduits en justice ceux qui, sciemment, transforment le travail en un lieu de violence et de mort ? Comme chercheur en santé publique mais aussi comme porte-parole du réseau international Ban Asbestos, l'auteure souhaite, par ce livre, donner l'alerte sur une situation très grave et sur la nécessité d'une mobilisation collective la plus large possible visant à briser l'impunité de ceux qui en sont responsables.
Faites connaître cet ouvrage à vos correspondants. Pour le commander, reportez-vous aux indications figurant sur le site des Editions La Découverte
Si vous souhaitez réagir au livre et joindre l'auteure, adressez vos message à : thebaud-mony.annie@wanadoo.fr
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28.05.2008
Une suggestion de lecture
Sommes-nous des paresseux ? Et 30 autres questions sur la France et les Français, par Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques, Editions du Seuil, 226 pages, 15 euros. Cet ouvrage figure parmi les trois meilleurs retenus par le jury du prix du Livre d’économie 2008.
Critique parue dans le quotidien Libération
Duval écrit, en 216 pages, un petit manifeste contre la doxa libérale et plus généralement la pensée dominante (pour ne pas dire unique). Pour répondre à toutes ces questions, l’auteur a fait l’effort de ratisser méticuleusement les statistiques les plus pertinentes. Et de systématiser les comparaisons avec nos voisins européens. En plus, il a eu l’excellente idée de récapituler à la fin de son livre les références Internet des études citées, pour que le lecteur aille ensuite se faire une idée par lui-même.
Argumenté et chiffré auprès de sources incontestables (Insee, Eurostat…), l’ouvrage s’emploie, avec rigueur, à déconstruire nombre de clichés de «l’économie française». Si bien qu’en le refermant, on en veut énormément à Duval. Pourquoi n’a-t-il pas écrit son livre avant les élections
présidentielles pour que Ségolène Royal puisse le lire ? Alors peut-être que le débat télévisé avec Nicolas Sarkozy aurait pris une autre tournure. Peut-être la candidate aurait-elle pu répondre à son contradicteur que les 35 heures ont bien créé 350 000 emplois, que les Français sont, malgré cela ou à cause de cela, les plus productifs du monde (derrière les Belges et les Américains) et que la part de temps partiel (notamment pour les femmes) dans l’emploi total est parmi les plus basse d’Europe.
Et quand Sarkozy a alors laissé entendre que pour retrouver de la croissance il faut réduire le poids des dépenses publiques, Royal, citant Duval, aurait pu répondre «qu’en 2006, le fonctionnement de l’Etat, des collectivités locales et des administrations de sécurité sociale, le paiement des salaires ainsi que les achats publics ont représenté 23,4 % du PIB». Soit moins que le Danemark (25,6 %), ou la Suède (26,9 %) qui connaissent pourtant des taux de croissance supérieurs à ceux de la France. On voudrait faire une suggestion à François Hollande, pour préparer son futur congrès : qu’il oblige chaque socialiste à lire ce livre. Le débat partira au moins sur de bonnes bases.
Grégoire Biseau
Autres critiques: Les Echos Le Monde Challenges (puis ICI LA et LA) Politis Rue 89
Charlie Hebdo:
"Sommes-nous des paresseux et 30 autres questions sur la France et les Français. Très bon. Dans le meilleur : « Sommes-nous des paresseux ? », «Pourquoi y-a-t-il tant de smicards en France ? », « Pourquoi l’école marche-t-elle mal ? », « Le travail des français coûte-t-il trop cher ? », «Les français paient-ils trop d’impôts ? ». Chaque fois une petite mise en perspective avec les autres pays d’Europe et le résultat est convaincant. Je l’utilise chaque vendredi dans mes débats avec Sylvestre sur France Inter." Bernard Maris (dit Oncle Bernard)
PROLOGUE
Une France schizophrène
Ce livre est né, comme souvent, d’une insatisfaction : le sentiment, éprouvé en particulier au cours des débats électoraux de l’année 2007, que les Françaises et les Français ne disposent pas d’une information suffisamment précise sur l’état réel de la société dans laquelle ils vivent... Lire la suite ICI
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